Hémorroïdes : comprendre les causes, le rôle du retour veineux, et l'accompagnement de l'ostéopathie digestive à Bordeaux
Gêne, brûlure, saignement occasionnel... Les hémorroïdes sont l'un des motifs de consultation les plus fréquents, et pourtant l'un des plus tus. On les associe presque toujours à la constipation — à raison — mais elles peuvent aussi révéler un trouble du retour veineux, en lien avec la circulation du système porte. Comprendre ces mécanismes permet d'agir plus justement, en complément du suivi médical.
01 — Définition
Que sont les hémorroïdes ?
Les hémorroïdes ne sont pas, à l'origine, une anomalie : ce sont des structures vasculaires normales, présentes chez tout le monde, qui tapissent le canal anal et participent à la continence fine. On parle de "maladie hémorroïdaire" lorsque ces coussinets vasculaires se dilatent, se déplacent ou s'enflamment, provoquant gêne, démangeaisons, saignements ou douleur. On distingue les hémorroïdes internes, situées à l'intérieur du canal anal, et les hémorroïdes externes, sous la peau autour de l'anus.
La physiopathologie exacte reste discutée, mais deux mécanismes sont aujourd'hui bien documentés : une dilatation et une fragilisation des vaisseaux du plexus hémorroïdaire, et un glissement progressif des tissus de soutien sous l'effet de pressions répétées, notamment lors des efforts de poussée à la défécation.
💡 À retenir : La maladie hémorroïdaire touche une grande partie de la population adulte à un moment ou un autre de la vie. Dans l'immense majorité des cas, elle se prend en charge très bien avec des mesures simples — mais elle mérite toujours un avis médical au moindre doute, notamment en cas de saignement.
02 — Constipation
La cause la plus fréquente : la constipation et les efforts de poussée
Une étude cas-témoins a mis en évidence que la constipation était retrouvée chez la quasi-totalité des patients souffrant d'hémorroïdes internes, et qu'un régime pauvre en fibres et une hydratation insuffisante étaient significativement associés à la maladie hémorroïdaire. Le mécanisme est mécanique : des selles dures obligent à pousser davantage, ce qui augmente la pression sur les veines du canal anal et favorise leur dilatation.
Une équipe de colo-proctologie a d'ailleurs résumé les trois habitudes de défécation à corriger en priorité sous l'acronyme "TONE" : limiter le temps passé aux toilettes à trois minutes, viser une selle par jour, ne pas pousser, et éviter la position assise prolongée. Corriger ces habitudes, associé à un apport suffisant en fibres, permet chez la majorité des patients d'éviter la progression de la maladie hémorroïdaire, voire la chirurgie.
La constipation mérite d'être traitée comme un sujet à part entière — chez la femme enceinte en particulier, où elle est très fréquente et favorise directement l'apparition d'hémorroïdes. Nous en parlons en détail dans nos articles dédiés : Ostéopathie et Troubles Digestifs et Constipation et Grossesse.
03 — Retour veineux
Une autre cause, souvent oubliée : le retour veineux et le système porte
Le plexus hémorroïdaire n'est pas un système veineux isolé : sa partie supérieure se draine vers la veine porte, celle-là même qui collecte le sang de tout le tube digestif pour le conduire au foie, tandis que sa partie inférieure rejoint la circulation veineuse générale. Les hémorroïdes se trouvent donc exactement à la jonction entre ces deux circuits — ce qui explique pourquoi tout ce qui freine la circulation dans l'un ou l'autre peut favoriser leur apparition.
Une revue de la littérature sur la physiopathologie des hémorroïdes souligne ainsi qu'un obstacle au retour veineux, qu'il soit local (pression pelvienne, grossesse, sédentarité, station assise ou debout prolongée) ou plus général (hypertension portale, notamment en cas de cirrhose), peut directement engorger les plexus veineux anaux et favoriser la maladie hémorroïdaire.
Autrement dit, une bonne circulation veineuse générale — et un foie qui fonctionne bien, puisqu'il est au cœur de cette circulation porte — sont aussi un enjeu pour la santé de vos veines hémorroïdaires. C'est pourquoi le confort intestinal global, et pas seulement le transit, entre en ligne de compte : à ce sujet, voir notre article Intestin, Microbiote et Ostéopathie à Bordeaux.
04 — Signes d'alerte
Les signes qui doivent amener à consulter
- ·Démangeaisons ou sensation de pesanteur au niveau anal
- ·Douleur, surtout en position assise prolongée
- ·Saignement rouge vif au moment ou juste après la selle
- ·Petite boule sensible perçue près de l'anus (hémorroïde externe)
- ·Sensation d'évacuation incomplète
- ·Prolapsus : impression qu'"une boule sort" pendant ou après la selle
⚠️ Tout saignement anal justifie un avis médical, y compris lorsqu'on pense reconnaître une hémorroïde : seul un examen permet d'éliminer une autre cause, en particulier après 45-50 ans ou en cas d'antécédents familiaux digestifs.
05 — Ostéopathie digestive
Ce que l'ostéopathe peut apporter face aux hémorroïdes
L'ostéopathie repose sur un principe simple : la structure gouverne la fonction. Face à une problématique hémorroïdaire, l'ostéopathe s'intéresse à deux grands leviers mécaniques : la mobilité du côlon et du système digestif, dont dépend la qualité du transit, et la liberté de circulation veineuse locale et générale, en particulier autour du foie, du diaphragme et du bassin.
Les axes de travail privilégiés
- ✓Mobilisation du cadre colique pour améliorer la régularité du transit et limiter les efforts de poussée
- ✓Travail sur la mobilité hépatique, organe central de la circulation porte qui draine une partie du plexus hémorroïdaire
- ✓Libération du diaphragme, dont le mouvement respiratoire agit comme une pompe naturelle sur le retour veineux abdominal
- ✓Équilibrage de la statique pelvienne, en particulier utile pendant et après la grossesse
La littérature scientifique sur l'ostéopathie appliquée spécifiquement aux hémorroïdes reste, à ce jour, très limitée : elle porte surtout sur des gestes de réduction manuelle en phase aiguë de thrombose hémorroïdaire externe, qui ont montré un effet rapide sur la douleur. En revanche, des études plus larges sur la thérapie manuelle viscérale montrent un effet positif sur la mobilité et la fonction digestives en général. L'ostéopathie doit donc être comprise ici comme un soutien du terrain et du confort digestif, jamais comme un traitement de la maladie hémorroïdaire elle-même, qui reste du ressort du suivi médical ou proctologique.
06 — Solutions naturelles
Des solutions naturelles au quotidien, en complément du suivi médical
Une méta-analyse regroupant sept essais randomisés a montré que l'augmentation des fibres alimentaires réduisait de moitié le risque de saignement et améliorait significativement les symptômes chez les patients souffrant d'hémorroïdes. Voici les mesures les mieux étayées à mettre en place au quotidien :
Augmentez progressivement les fibres (légumineuses, fruits et légumes avec la peau, céréales complètes) pour ramollir les selles et réduire les efforts de poussée.
Hydratez-vous suffisamment tout au long de la journée : l'eau permet aux fibres d'agir efficacement sur la consistance des selles.
Respectez la règle des "trois minutes" : n'insistez pas aux toilettes, allez-y dès que le besoin se fait sentir et ne poussez pas si rien ne vient.
Bougez régulièrement et évitez les stations assise ou debout prolongées, qui favorisent la stase veineuse pelvienne.
Les bains de siège frais soulagent souvent la gêne et les démangeaisons. Dans une logique similaire de stimulation de la circulation par le froid, certaines patientes utilisent le bain dérivatif, une approche de médecine naturelle visant à stimuler la circulation pelvienne et abdominale — à discuter avec un professionnel formé à cette pratique.
Certaines plantes veinotoniques (marronnier d'Inde, hamamélis, vigne rouge) sont traditionnellement utilisées pour leur effet apaisant sur la circulation veineuse. Demandez conseil à votre médecin ou pharmacien avant utilisation, notamment en cas de grossesse.
Un accompagnement global du confort digestif et circulatoire
Les hémorroïdes se situent à la croisée du transit intestinal, de la circulation veineuse générale et, parfois, de la statique pelvienne liée à la grossesse. En tant qu'ostéopathe à Bordeaux, j'accompagne mes patients dans la compréhension de ces mécanismes et dans la mise en place d'une hygiène de vie qui soutient durablement le confort digestif et circulatoire — toujours en complément, jamais à la place, du suivi médical ou proctologique.
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Sources scientifiques (PubMed / PMC)
- Lohsiriwat, Hemorrhoids: from basic pathophysiology to clinical management, PubMed 2012 (PMID 22563187)
- Altomare et al., Dietary habits associated with internal hemorrhoidal disease, PubMed 2019 (PMID 31729708)
- Garg, Adequate dietary fiber supplement and TONE can help avoid surgery in most patients with advanced hemorrhoids, Minerva Gastroenterol Dietol, PubMed 2017 (PMID 28150480)
- Alonso-Coello et al., Fiber for the treatment of hemorrhoids complications: a systematic review and meta-analysis, PubMed (PMID 16405552)
- Gallo et al., Lifestyle and Risk Factors in Hemorrhoidal Disease, PMC 2021 (PMC8416428)
- Palit et al., Manual reduction in acute haemorrhoids, PubMed 2016 (PMID 27212575)
- Kalezic et al., The effect of visceral osteopathic manual therapy applications on pain, quality of life and function in chronic nonspecific low back pain, PubMed 2016 (PMID 27858681)
- Tramontano et al., Osteopathic Manual Treatment for Pain Severity, Functional Improvement, and Return to Work in Patients With Chronic Pain, PubMed 2020 (PMID 32946545)
Article rédigé à titre informatif. La prise en charge ostéopathique ne remplace en aucun cas le suivi médical ou proctologique. Tout saignement anal, toute douleur intense ou toute persistance des symptômes malgré les mesures d'hygiène de vie doit faire l'objet d'une consultation médicale.